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Regards sur l'Holocauste - Partie 1

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Regards sur l'Holocauste - Partie 1

Message  Alex le Sam 15 Mai - 23:42

Il semble que la cruauté particulière de la tragédie de l’Holocauste soit due, selon Goldhagen, dans Les bourreaux volontaires (1998, 15(1)), à une haine démonologique des Allemands à l’égard des Juifs, grâce à un antisémitisme socialement conditionné. D’ailleurs, c’est cette thèse que Goldhagen assertera a posteriori en s’opposant à cinq explications plus classiques(2) du drame de l’Holocauste, car elles n’arrivent pas à expliquer convenablement ce phénomène tragique(3).

Avant tout, la thèse de l’antisémitisme soutenue par D.J. Goldhagen se dessine à partir d’une analyse(4) du type d’actes commis par les agents de l’Holocauste. Il les distingue en quatre catégories(5). Cette distinction(6) permettra à Goldhagen de constater que la cruauté était systémique et elle relevait des processus organisationnels, plutôt que des actes commis par les agents de l’Holocauste.

Premièrement, Goldhagen rejette les deux premiers arguments classiques(7) à l’aide des témoignages rapportés devant les juges par les agents de l’Holocauste. L’auteur s’oppose au second argument puisque les autorités SS permettaient à quiconque de se soustraire des tueries, donc les Allemands pouvaient faire le choix de ne pas participer aux meurtres de masse en demandant d’être assignés à une autre tâche (1998 : 509). De plus, il soutient qu’il est faux de croire le premier argument, parce qu’il est nécessaire de tenir pour légitime le pouvoir d’une autorité et que cette légitimité est conditionnelle au respect du régime ainsi qu’aux directives d’exécution du génocide. Donc, il devait assurément y avoir une source personnelle de motivation conforme à la visée exterminationniste du régime allemand.

Ensuite, les trois autres arguments classiques(Cool proposent que les actions des agents aient été motivées par différentes causes psychologiques. Goldhagen s’oppose à ceux-ci en vertu du fait qu’ils se désaffectionnent à l’idée qu’une nouvelle moralité ait conditionné l’acceptation des Allemands dans l’exécution de leurs tâches. La vision de l’auteur tend aussi à expliquer pourquoi certains actes des soldats outrepassent les directives des autorités allemandes (519). Le troisième argument se contredit lorsqu’il est appliqué globalement. En effet, il a déjà été dit que les Allemands étaient invités à se dispenser des actes qu’ils n’approuvaient pas, alors il ne peut s’agir que d’une petite fraction de l’ensemble des acteurs qui ait subi la pression des pairs (513). Ensuite, l’argument qui suit va à contresens des documents disponibles et qui prouvent qu’il n’est valable que pour un nombre limité d’agents. De plus, la majorité de ces derniers n’étaient pas des soldats de profession, alors pourquoi aspireraient-ils à être promus? (513-514). Enfin, la dernière explication classique ignore le fait que les acteurs de l’Holocauste étaient conscients de la situation. Par conséquent, ils « connaissaient parfaitement la signification de leurs actes, et il n’y a pas de raison de croire que ceux qui ne comprenaient pas très bien la situation auraient agi différemment s’ils avaient été éclairés » (514). En somme, s’il y a eu des facteurs d’influences et de pressions d’ordre psychologique, ils sont extrêmement négligeables.

Finalement, la cruauté des agents de l’Holocauste serait plutôt la cause d’un phénomène social qui conditionna l’allemand normal à adopter un point de vue spécifiquement antisémite (520). Il s’agit donc d’une nouvelle morale où le Juif n’est rien de plus qu’une vermine, ce pourquoi la finalité de l’Holocauste était un mal nécessaire. Ceux qui commettaient des actes de cruauté sont alors perçus comme de « bons Allemands » (519). Bref, la véritable question change : quelles sont les particularités sociopolitiques et culturelles de l’Allemagne Nazie qui ont mis la table pour les atrocités de l’Holocauste? D’après Goldhagen, la fidélité allemande envers leurs convictions antisémites les a faits prisonniers de leur idéologie (524-526). Ainsi, la conception démonologique de l’antisémitisme invite au génocide en favorisant la croyance que la mort d’un Juif ne consistait pas en une perte humaine, voire qu’ils n’avaient pas de choix à faire; la Solution Finale était nécessaire et moralement juste (526-529). D’après l’auteur, les valeurs et les croyances communes fournissent des explications qui semblent plus rigoureuses pour expliquer la tragédie qui lui semble ipso facto être une vengeance plutôt qu’une obéissance aveugle. Somme toute, l’élément central pour Goldhagen est : « l’antisémitisme raciste éliminationniste » (539) qui, par son aspect nationaliste, donna un sens à l’extermination et qui, par son aspect moraliste, motiva la cruauté allemande envers les Juifs (540-541).

*(Suite à venir : Regards sur l’Holocauste – Partie 2)

Alex
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